10 mars 2007
Lettres de Van Gogh
VAN GOGH à ARLES
C'est à Arles, où le soleil l'enchantait et l'exaltait tout à la fois, que Vincent Van Gogh (1853-1890) écrivit ces pages. Il s'y installa en février 1888...
« Le soleil d'ici, je crois que tu ne le trouverais pas désagréable. Je me trouve on ne peut mieux de travailler dehors par la grande chaleur du jour. C'est une chaleur sèche, limpide, diaphane.
La couleur ici est vraiment très belle. Quand le vert est frais, c'est un vert riche comme nous en voyons rarement dans le Nord, un vert apaisant.
Quand il est roussi, couvert de poussière, il ne devient pas laid pour cela, mais le paysage prend alors des tons dorés de toutes les nuances : or vert, or jaune, or rose, ou bronzé, ou cuivré, enfin du jaune citron au jaune terne, le jaune par exemple d'un tas de grain battu. Quant au bleu, il va du bleu roi le plus profond dans l'eau jusqu'au bleu du myosotis, au cobalt, surtout au bleu clair transparent, au bleu vert, au bleu violet.
Naturellement, cela appelle l'orangé ; un visage brûlé par le soleil fait orangé. Et puis, en raison de beaucoup de jaune, le violet se met tout de suite à chanter. Une clôture ou un toit gris, faits de roseaux, ou un champ labouré fait beaucoup plus violet que chez nous. En outre, comme tu dois bien l'imaginer, les gens ici sont souvent beaux. Bref, je crois que la vie ici est quelque chose de plus heureux qu'en maint autre lieu de la terre. »
Van Gogh, « Lettres d'Arles à sa soeur, juin-juillet 1888 », in Correspondance complète.
« Ici, la nature est extraordinairement belle [...]. La coupole du ciel est d'un bleu admirable, le soleil a un rayonnement de soufre pâle, et c'est doux et charmant comme la combinaison des bleus célestes et des jaunes dans les Van der Meer de Delft. [...]
Cela me fait trois tableaux des jardins en face de ma maison. Puis les deux cafés, puis les tournesols [...]. Puis le soleil rouge sur l'usine et les déchargeurs de sable, le vieux moulin. [...]
Le dernier tableau fait avec les derniers tubes sur la dernière toile, un jardin naturellement vert, et peint dans un vert proprement dit, rien qu'avec du bleu de Prusse et du jaune de chrome. [...]
Je suis ravi de tout ce que je vois !
Et cela vous donne des aspirations d'automne, un enthousiasme qui fait que le temps passe sans qu'on le sente. »
Lettre de Van Gogh à son frère Théo.
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